LES SAGAS TELE
Dallas démarre en 1978, mais, étendue jusqu’à 1991, elle marquera les années 1980. Elle est d’ailleurs découverte ici dès 1981, sur TF1. Ce feuilleton déclenche un premier phénomène international. Triomphe de la fiction américaine: d’Allemagne en Asie, on se passionne pour les frasques des familles Ewing et Barnes.
On l’a oublié, mais Dallas tenait presque de l’expérimentation: elle était rattachée au genre du soap-opéra, ces feuilletons sentimentaux montrés chaque jour dans l’après-midi. Là, le pari était de proposer un soap de luxe, tourné aussi en extérieur, et diffusé le soir, une fois par semaine.
En Europe, la série passionne les téléspectateurs tout en déchaînant les adversaires des séries «made in USA». S’adonner à un feuilleton relatant les guerres intestines de deux familles texanes tenait de l’indécence, une critique reposant sur une lecture peu subtile.
De fait, le feuilleton attaque la notion de famille en milieu capitaliste avec une nécessaire méchanceté. Sa mécanique dramatique le pousse à railler le libéralisme dans son versant extrême. L’amour, les sentiments ou même son propre corps ne sont que monnaie d’échange. Des familles se déchirant pour le seul intérêt supérieur qui soit – ici, le fric –, Dallas relève d’une longue tradition contant la vilenie des puissants. Son succès a ouvert un boulevard, avec Côte Ouest (conçu avant, mais diffusé plus tard) ou Dynastie. Ces jours sur HBO, Succession semble bien partie pour renouveler le genre avec une égale férocité.